Restauration d'un chef-d'oeuvre - Jérôme DIAMANT-BERGER


C'est au cours de l'été 1920 que mon grand père, le jeune Henri Diamant-Berger, 25 ans, décide de porter à l'écran l'œuvre d'Alexandre Dumas : "Les Trois Mousquetaires".

C'est son livre préféré, aussi, dès l'origine du projet, il décide de rester fidèle à la richesse de l'œuvre originale. Le format le plus adapté semble être le film à épisodes, un format inhabituel à cette époque. Aussi, protégé par Charles Pathé, il défend lui-même ce projet très ambitieux auprès d’un groupe financier.

En fait, il fut si persuasif qu'il décrocha le budget faramineux de 2,5 millions de francs... pour réaliser douze épisodes d’une heure chacun, soit 12 heures de film !
Malgré l’énorme risque financier ce fut un succès mondial qui, par ailleurs, fit échec en Europe à la distribution d’un projet concurrent, produit par la grande star américaine, Douglas Fairbanks...
Le temps passa; La seconde guerre mondiale éclata, et beaucoup de films (négatifs et copies) furent détruits, à commencer par ceux réalisés et produits par des cinéastes juifs…
Les "Trois Mousquetaires" n'échappèrent pas aux ravages nazis et, des années plus tard, seuls quelques rares épisodes rescapés sur copies nitrates en mauvais état, témoignaient timidement de l'amplitude de cette œuvre que l'on croyait définitivement perdue.

En 1998, je retrouve aux "Archives du Film de Bois d’Arcy" la trace d'une version anglaise du film, découpée, non pas en douze, mais en dix-huit épisodes d’une vingtaine de minutes chacun.
Me basant alors sur le scénario original de mon grand-père (qui heureusement était resté intact), j’entreprend avec mon fils Guillaume, une longue restauration, travail gigantesque, quasi chirurgical, qui va toucher à l'image, mais aussi au son.
 
 Restauration de l'image


En juillet 2000, après une restauration du "négatif nitrate" et une "sauvegarde" sur un "marron safety" effectuée par les Archives du Film (CNC), nous effectuons un "transfert numérique étalonné" du film.
Le film fut ensuite subtilement restructuré : remise dans l’ordre de séquences malmenées par le découpage anglais, re-découpage des scènes et des plans coupées par l’emplacement des cartons et effacement des images altérées par les collures.

Ce travail très important, agrémenté par des sous-titres et une voix off, fruit d’un véritable travail d'écriture réalisé à partir du scénario original et du roman de Dumas, a permis au film d’être fluide, compréhensible et ludique pour un public moderne.
Le résultat : quatorze épisodes de 27 minutes, soient 6 heures 30 de projection !
 

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